Premier Moyen Âge

Au cours du IVe siècle, les mouvements migratoires germaniques prennent de l’ampleur. L’Empire romain, perd de plus en plus le contrôle de ses frontières. Le peuple franc pénètre en Gaule entre 430 et 450, Dès lors, les Francs domineront le territoire : ils donnent naissance aux dynasties royales mérovingienne (Ve-VIIe siècle) et carolingienne (VIIe-IXe siècle).

Collection de poteries et céramiques anciennes de différentes tailles et formes, datant du premier moyen-âge.

Bols, cruches, gobelets et couvercle provenant d’Epône 
© Seine et Yvelines Archéologie

Le territoire et les hommes

Au début du premier Moyen Age, l’empreinte antique est encore forte dans l’occupation du territoire. Presque la moitié des sites de cette époque  ont une origine antique,. C’est le cas des villes de Septeuil, Épône, Houdan, Jouars-Pontchartrain, Maule, Meulan, Les Mureaux ou Poissy, Si certains sites antiques sont encore occupés au début du Moyen Age, les modalités et les matériaux de construction changent profondément.

L’habitat est, le plus souvent, en bois et en terre. À Épône, une récente fouille a permis de mettre au jour des trous de poteau appartenant à un ou plusieurs grands bâtiments en matériaux périssables, des fonds de cabane et de fosses, ainsi que deux constructions maçonnées. À proximité de la voie ancienne reliant Épône à Dreux, sous l’actuelle route départementale 139, se développait une autre zone d’occupation caractérisée par un grand bâtiment, des fosses, des fonds de cabane et un four culinaire.

À Chavenay, un bâtiment agricole a été étudié par le Service archéologique des Yvelines. Le bâtiment possède six poteaux porteurs offrant un espace d’une dizaine de mètres carrés. Sa fonction n'a pas pu être précisée. La céramique mise au jour a permis de dater cet édifice du VIIe ou VIIIe siècle.

À Saint-Cloud, une construction mixte en terre et en bois avec des solins et éventuellement des sablières basses a été mise au jour. En périphérie immédiate, un semis de trous de poteau et de fosses, retrouvés sous le sol de l’édifice en pierre, atteste probablement d’un état antérieur. Marchés et marchands sont mentionnés dans les sources écrites de l’époque tandis que des taxes douanières sont perçues sur les voies, souvent héritées de l’Antiquité. La Seine et l’Oise restent d’importants axes de communication et de commerce.    


Carte des indices de sites du premier Moyen Âge
© Seine et Yvelines Archéologie

Production agricole et artisanale

Les silos caractérisés par une ouverture étroite et un creusement en forme de poire, peu ou pas utilisés à l’Antiquité, deviennent le mode de stockage le plus répandu. Les études carpologiques (étude des grains issus des fouilles) montrent  la variété des espèces végétales cultivées, avec une céréaliculture dominante (blé, seigle, orge, avoine, froment et millet). A partir du VIIe siècle la production agricole semble être entre les mains d’importants propriétaires fonciers, laïcs ou ecclésiastiques.

 
Fibule (broche) en forme d'oiseau provenant de Vicq
© Seine et Yvelines Archéologie

Les paysans exploitent une tenure* en échange de redevances et de services au seigneur. Des paysans indépendants existent aussi. Ils exploitent de petites surfaces de terre appelées alleux.

Les artisans du métal est bien attesté sur notre territoire grâce surtout à la fouille de la nécropole de Vicq.

La majorité des plaques-boucles, en bronze et fer, damasquinées d'argent, présente des décors en entrelacs. Certaines sont ornées de décors plus rares tels que des personnages ou des animaux. Une plaque-boucle décorée du nom de son propriétaire a été retrouvée à Poissy. Les fibules, quant à elles, peuvent prendre différentes formes comme celle d’oiseaux ou encore d’animaux fantastiques.

Ces orfèvres de talent fabriquent également toutes sortes de bijoux incrustés de grenat et de pâte de verre colorée : perles, boucles d’oreilles, bagues, bracelets…

La production potière du premier Moyen Age est représentée sur le territoire par un four, comblé par environ 15 kg de déchets de céramique de l’époque mérovingienne à carolingienne, découvert à Asnières-sur-Seine. Certains fragments de céramique montraient des traces de surcuissons ou des fissures tandis que des petits déchets de tournage ont été ramassés. Ces éléments montrent la présence d’un atelier de production de céramiques sur le site. Un four de potier du VIIe siècle avec du mobilier comparable à celui d’Asnières a été découvert 20, rue de la République à Vanves.  Est

Boucle de ceinture incrustée d'argent (plaque-boucle) de VicqReconstitution du bâtiment agricole de Chavenay (d’après P. Laforest et H. Grimaud-Labarde - Seine et Yvelines Archéologie)

Boucle de ceinture incrustée d'argent (plaque-boucle) de Vicq
Reconstitution du bâtiment agricole de Chavenay (d’après P. Laforest et H. Grimaud-Labarde)
© Seine et Yvelines Archéologie

Vue du fond du bâtiment agricole de Chavenay pendant les fouilles.  
Maquette de maison du Ve - VIe siècle (Les Mureaux) (Y. Barat)
Vue du fond du bâtiment agricole de Chavenay pendant les fouilles
© Seine et Yvelines Archéologie

Vie spirituelle

C'est à cette période que le christianisme s’enracine en Gaule. Des églises et des mausolées sont construits, comme le mentionnent des textes et le révèlent les fouilles.

Le premier monument chrétien connu se situe à Jouars-Pontchartrain, dans les Yvelines. Les restes d’une église ont été découverts en 1996 à l’occasion d’une fouille préventive, lors de la construction de la RN12. Cette église, datée de la fin du Ve siècle, de 23 m de long sur 16,50 de large, est de plan rectangulaire. La structure de l’édifice s’appuyait sur des colonnes dont on a retrouvé les bases et les fûts. Les murs devaient être ouverts de fenêtres vitrées et l’intérieur décoré de sculptures. A Rosny-sur-Seine, une église cruciforme de la fin de l’époque mérovingienne, surmontant une nécropole de la même période a été mise au jour.

A l’époque carolingienne, on connaît davantage d’édifices religieux. Le fameux "polyptyque d’Irminon" atteste l’existence en 829 de deux églises dans la ville d’Orgerus, d’une église à la Celle-Saint-Cloud, d'une chapelle à Guerville et d'un monastère à Plaisir au VIIIe siècle...
Dans l’église Saint-Nicolas de Saint-Arnoult-en-Yvelines, dont la partie la plus ancienne est antérieure au XIe siècle, les croyants viennent se recueillir sur les reliques de Saint-Arnoult, situées à l’emplacement de la crypte actuelle. Une opération d'archéologie préventive récente a permis de révéler l'existence d'un édifice carolingien fondateur de l'église Saint-Martin de Verneuil-sur-Seine (IXe siècle).


Sarcophages de la nécropole de Gaillon-sur-Moncient en cours de fouille
© Seine et Yvelines Archéologie

Les espaces funéraires

Certains cimetières d’époque antique continuent d’être utilisés, mais de nouvelles et vastes nécropoles apparaissent avec les Mérovingiens. On y enterre les gens habillés et l’on dépose des objets dans les tombes, pratique païenne tolérée par le christianisme des débuts. Les défunts sont déposés dans des sarcophages de pierre ou de plâtre, dans des cercueils ou encore directement dans le sol. Les tombes s’orientent presque toujours de façon à ce que la tête du défunt soit à l’ouest, les pieds vers l’est et généralement en position allongée sur le dos.

Les nécropoles mérovingiennes sont plus nombreuses en vallée de Seine ce qui traduit probablement une plus forte occupation du secteur. Les plus importantes, Andrésy, Maule, Vicq, Epône, Septeuil et Gaillon-sur-Moncient ont fait l’objet de fouilles récentes. Ces nécropoles ont livré de nombreux objets : céramiques, armes, outils, plaque-boucles de ceintures, bijoux, fibules…
Les nécropoles de Gaillon-sur-Moncient, Andrésy, Maule, Epône, Guitrancourt et Septeuil comportent aussi des stèles funéraires gravées. A Gaillon-sur-Moncient, certaines sont décorées de croix grecques ou de chevrons.


Stèle funéraire de Gaillon-sur-Moncient ornée d’une croix grecque
© Seine et Yvelines Archéologie