Âges des métaux
Les archéologues opèrent une distinction entre l’âge du Bronze puis, vers - 800 ans, l’âge du Fer. Les sites datant du Bronze restent rares, et leurs vestiges sont souvent difficiles à interpréter. En revanche, on connaît mieux les sites de l’âge du Fer, surtout à partir du IIIe s. avant notre ère, qui correspond à la période gauloise. Durant les âges des Métaux, les élites se renforcent et les premières agglomérations sortent de terre.

Plaque ajourée en fer retrouvée à Meulan sur « l’Ile Belle »
© Seine et Yvelines Archéologie
L’âge du Bronze s’étire sur 15 siècles et, pourtant, cette période charnière en Europe occidentale, reste mal connue dans l’ouest parisien. Il faut dire que les archéologues, jusqu’à une époque récente, n’avaient à leur disposition que des objets isolés, trouvés en majorité au fond de la Seine, hors de tout contexte fiable. Difficile dans ces conditions de restituer les modes de vie des populations locales.
Depuis plusieurs années, la situation change. La documentation s’étoffe progressivement, au gré de découvertes plus ou moins spectaculaires. L’accumulation de données de bonne qualité et la mise en évidence de récurrences permettent aujourd’hui, de proposer une vision plus fine de l’histoire des territoires yvelinois et alto-séquanais au cours de cette période, marquée par l’apparition des premiers alliages à base de cuivre.
Naturellement, le basculement qui mène de la fin du Néolithique à l’âge du Bronze ne signifie pas que l’Île-de-France est inondée d’objets en bronze du jour au lendemain. L’accélération du recours aux objets métalliques dans les campagnes ne se produit que vers 1 500 avant notre ère et se poursuit jusqu’à l’avènement de l’âge du Fer.
Les objets en bronze recensés depuis le XVIIIe siècle sur le territoire des deux départements ne laissent aucun doute : les populations de l’âge du Bronze ne vivent pas en vase clos. Établies au cœur du Bassin parisien, elles ne bénéficient d’aucun accès direct aux ressources en cuivre ou en étain. Elles sont nécessairement connectées à d’autres régions, parfois lointaines, pour se procurer les matières premières et/ou les objets finis dont elles ont besoin. Ces importations restent probablement modestes en volume. Mais elles se font préférentiellement avec des régions riveraines de la Manche. La Seine constitue alors un trait d’union privilégié entre les centres de production, connus en Normandie, et les campagnes franciliennes. C’est, par exemple, ce que montrent les nombreuses haches en bronze mises au jour en forêt de Saint-Germain-en-Laye. Leurs formes, leurs dimensions et les décors qu’elles portent sont caractéristiques des productions normandes vers 1 500 avant notre ère. Des liens sont parfois tissés avec des provinces encore plus éloignées, comme le suggère un poignard exhumé aux Mureaux, au sein d’une tombe datée vers 2 300-2 000 avant notre ère. L’objet en question ne trouve aucun autre équivalent en France et proviendrait d’un atelier anglais, dont la localisation exacte n’est pas assurée.
C’est donc bien le signe que la région s’insère dans des réseaux d’échange à longue distance, résolument tournés vers le nord-ouest de la France et au-delà ; des réseaux qui contribuent au dynamisme de ces communautés locales.
Ces dernières vivent encore, en très grande majorité, de l’agriculture. Elles sont installées dans des fermes isolées ou dans des hameaux comprenant une poignée de bâtiments en bois et terre. Ces installations rurales ont une durée de vie limitée. Elles ne laissent que peu de traces dans le sol : tout au plus quelques fosses dont certaines ont pu servir de dépotoir, donnant une image assez précise des activités du quotidien.
L’âge du Bronze n’est pas une parenthèse que l’on pourrait réduire à une simple innovation technique. Cette période s’accompagne aussi de mutations touchant l’organisation de l’ensemble de la société. Les échanges déjà évoqués contribuent à accentuer les hiérarchies au sein des groupes humains. Ils créent et concentrent les richesses entre les mains de quelques personnages privilégiés.
Cette tendance est sensible dans le domaine funéraire, en particulier à Saint-Germain-en-Laye, où une nécropole a été explorée sur près de 6 500 m². D’après les datations radiocarbone, le site a été utilisé pendant plusieurs siècles, entre le XVe et le IXe siècle avant notre ère. Au total, les investigations ont révélé plus de 160 sépultures, exclusivement des incinérations. Dans près de 80 % des cas rencontrés, os et résidus du bûcher sont déposés en pleine terre, dans une fosse de faible dimension. Beaucoup plus rares sont les individus à avoir bénéficié de traitements sortant de ce qui semble être la norme. Parmi eux, certains ont été placés dans des contenants en céramique (urnes) ou en matériaux périssables (coffres) ; d’autres ont été ensevelis au centre de monuments funéraires. Dans deux cas, les fosses sépulcrales sont effectivement installées au centre d’un enclos circulaire, matérialisé au sol par un fossé, selon un schéma également rencontré aux Mureaux.
Le mobilier déposé dans les tombes témoigne aussi de l’existence d’écarts sociaux plus ou moins marqués. À Saint-Germain-en-Laye, seuls dix-sept défunts possédaient des objets, révélant le statut privilégié de leurs propriétaires.
Les vestiges en métal datés de l'âge de bronze
© Seine et Yvelines Archéologie
On connaît bien mieux les occupations humaines de l’âge du Fer et particulièrement celles du second âge du Fer ou de La Tène (Ve siècle – Ier siècle av.). Emblématiques de La Tène Finale (IIe – Ier siècle av.), les agglomérations gauloises de Nanterre et de Meulan/Les Mureaux illustrent une société gauloise qui n’est plus quasi-exclusivement tournée vers l’agropastoralisme mais davantage structurée autour de centres urbains et tournée vers l’artisanat et le commerce.
Le territoire et les hommes
Carte des indices de sites des âges des Métaux
© Seine et Yvelines Archéologie
À partir du IIIe siècle avant, différents peuples gaulois dominent l'ouest parisien. Les Veliocasses, dont la capitale est Rouen, occupent le territoire qui va du nord de la Seine jusque dans l’Oise ; les Parisii englobent notamment les Hauts-de-Seine et l'est des Yvelines ; les Aulerques occupent l’extrémité occidentale du territoire, après Bonnières-sur-Seine. Et ce sont les Carnutes, dont la capitale de cité était Chartres, puis Orléans, qui dominent les trois quarts de la superficie des Yvelines.
Les différents peuples gaulois durant l'âge des métaux
© Seine et Yvelines Archéologie
Durant cette période, il n’existe pas de grands massifs forestiers mais plutôt de nombreuses forêts et bois morcelés. En effet, le défrichement à l'aide d'outils en fer est intense. Le paysage ressemble aux espaces ruraux actuels, composés de champs, de prés et de bois.
La Seine constitue l’un des principaux axes de communication auquel s’ajoute un maillage dense de voies terrestres. Ce réseau favorise un commerce important avec les autres peuples gaulois, mais aussi avec les mondes romain et grec des régions méditerranéennes. Les objets d’origine Ibérique et Italique (amphores et céramiques) ainsi que les nombreuses monnaies découvertes, témoignent de cette intense activité commerciale et des nombreux échanges qui ont été réalisés.
Production agricole et artisanale
Le mode principal d’exploitation agricole est la ferme de taille plus ou moins importante. Ces domaines se multiplient très rapidement pendant la période gauloise et revêtent, pour certain, un caractère aristocratique.
Plaque ajourée en fer retrouvée à Meulan sur « l’Ile Belle »
© Seine et Yvelines Archéologie
Aux IIIe et IIe siècles avant notre ère, la société gauloise se stabilise et l’agriculture connait un développement important. Un grand nombre de ces fermes régulièrement ceinturées d'un enclos fossoyé, sont attestées dans les campagnes Yvelinoises mais également dans les Hauts-de-Seine. (Richebourg, Vernouillet, Rueil-Malmaison)
Les artisans gaulois travaillent divers matériaux comme le bronze et le fer, avec lesquels ils fabriquent des armes et des outils, mais aussi des éléments de parure ou décoratifs tels que les fibules, dont des exemplaires ont été retrouvées à Bennecourt, et à Maulette (78).
Fibule retrouvée à Maulette
© Seine et Yvelines Archéologie
Les Gaulois sont les premiers à travailler le verre dans notre région. Important la matière d'Egypte sous forme de lingots, ils façonnent des bracelets ou des colliers.
La production de poteries, très développée à l’époque gauloise, généralise l’utilisation du tour au dernier siècle avant notre ère. Les potiers produisent des formes plus fines et régulières et standardisent leur production.
Urnes cinéraires réalisées au tour (IIe siècle avant)
© Seine et Yvelines Archéologie
Les fibres végétales et animales sont teintes puis tissées afin de réaliser des vêtements, couvertures, sacs… comme en témoignent les fusaïoles et pesons en terre cuite mis au jour lors de fouilles à Nanterre (92). Les motifs tissés sont variés, particulièrement les carreaux colorés.
Architecture et habitat
À l’âge du Fer, les bâtiments se matérialise principalement par une architecture de terre et bois sur poteaux porteurs.
Dans le monde rural, les occupations à vocation agricole sont constituées par plusieurs bâtiments (habitat, étables, greniers, etc…) regroupés en espace ouvert au premier âge du Fer (-800 / -450) et protégés par un fossé au second âge du Fer (-450 / -52).
Reconstitution d’une ferme gauloise (plan librement inspiré du site fouillé à Longvilliers)
© Seine et Yvelines Archéologie
À Longvilliers, dans la forêt de Saint-Arnoult, l’enclos est divisé en deux espaces distincts. D'un côté, un habitat en torchis, avec un sol pavé de pierres et un foyer, a été fouillé, et de l'autre, un bâtiment rectangulaire sur poteaux a été repéré. Il s’agit probablement d’un établissement agricole occupé durant tout le Ier siècle avant J.-C.
À Neauphle-le-Vieux, les archéologues ont retrouvé des structures à vocation agricole tels que des silos, des fossés et des greniers à céréales de l’époque gauloise. Les greniers, de plan carré, ont été repérés grâce aux trous que les poteaux porteurs ont laissé.
À la fin de l’époque gauloise, dans les espaces urbains, l’habitat s’organisent au sein d’îlots d’habitation structurés par un réseau viaire orthonormé à l’image des agglomérations méditerranéennes.
Partiellement explorée, l’agglomération de Meulan (Yvelines) a livré une succession de niveaux de sols, de murs et foyers marquant l’emplacement de structures liées à l’habitat ou à l’activité artisanale. Fréquemment submergés par des inondations, le site est constamment réinvesti entre le IIe et le Ier siècle av. et même au-delà pendant l’époque romaine. Cette succession d’occupation témoigne d’une certaine vitalité qui s’expliquent par une activité commerciale favorisée par la position de l’agglomération de Meulan en bord de Seine et sur un axe terrestre majeur entre Beauvais et Chartres.
À Nanterre, une vaste agglomération très structurée, habitée du IIe siècle avant notre ère jusqu’à la Conquête romaine, a également été fouillée.. Site majeur des Parisii avec le site de Bobigny, l’agglomération de Nanterre / Nemetodurum a livré de nombreux témoins d’une activité artisanale et commerciale très développée.
Maquette restituant l'agglomération gauloise de Nanterre (P. Velu)
© Seine et Yvelines Archéologie
Elle comprend des quartiers dédiés à l'artisanat (four de potiers), des habitations sur poteaux ainsi qu'un espace central probablement destiné à des pratiques communautaires (cultuelle, civique ?). Tous ces quartiers sont séparés par de véritables rues et des fossés creusés pour drainer l'eau de ce secteur inondable.
Vie spirituelle
À l’âge du Fer, les espaces funéraires se matérialisent par des tombes isolées ou le regroupement plus ou moins importants d’individus. Ces nécropoles accueillent des tombes pouvant être marquées par des monuments funéraires dont les formes sont directement héritées de l’âge du Bronze (enclos fossoyé, tumulus). Les défunts se font enterrer (inhumation) ou incinérer (incinération) et les restes sont déposés dans des sépultures avec diverses offrandes (dépôts de céramiques, de quartier de viandes, d’objets de parures, d’armes).
À Nanterre, ce sont plusieurs dizaines de tombes de guerriers ainsi qu’une tombe à char du IIIe siècle av. notre ère qui ont été fouillées. Ces découvertes témoignent d’une aristocratie guerrière très prégnantes dans la société gauloise à La Tène moyenne et d’une maitrise métallurgique du fer matérialisée par la facture soignée des nombreuses armes découvertes et leur degré de sophistication.
À Maulette, Poigny-la-Forêt, ou encore Poissy, des tombes à incinérations de La Tène finale ont été découvertes et elles contenaient - encore presque intactes - les urnes cinéraires ayant recueillis les cendres des défunts. Au Ier siècle av. notre ère, cette pratique funéraires de l’incinération cohabite avec celle de l’inhumation comme en témoigne les inhumations découvertes également sur la commune Poissy.

Poissy – Les Terrasses de Poncy
Opération préventive de diagnostic (2018)
© Seine et Yvelines Archéologie
Urnes funéraires retrouvées à Maulette et Houdan
© Seine et Yvelines Archéologie
Des croyances polythéistes
Les pratiques religieuses au premier âge du Fer (-800 / -450, période de « Hallstatt ») restent très mal connues. Elles sont mieux appréhendées pour le second âge du Fer (-450/-50, période de « La Tène »)
À partir de La Tène moyenne, les Gaulois édifient de véritables lieux de cultes qui, pour certains, perdurent après la Conquête, à l’époque romaine. Ces « Fanums » (terme romain désignant un temple de tradition celtique) sont édifiés dans les agglomérations comme dans les campagnes et les divinités qui y sont honorées sont Toutatis, Taranis, Esus, Epona, pour les plus connues.
Les pratiques religieuses consistent en des rassemblements collectifs dans ces fanums où des banquets sont célébrés en même temps que des offrandes votives. Ces rassemblements donnent l’occasion de consommer des quantités importantes de vin importé depuis l’Italie ou l’Espagne dans des amphores.
Maquette du sanctuaire gaulois de Bennecourt
© Seine et Yvelines Archéologie
Un Fanum (temple) gaulois a été fouillé à Bennecourt (78) ; construit vers 200 avant notre ère, il est premièrement édifié en matériaux périssables. Il s’agit tout d’abord d’une fosse, servant de creuset à offrandes, entourée d’un fossé et d’une palissade de plan carré. Puis la fosse est protégée d’un bâtiment en bois. Le lieu de culte sera toujours en activité à l’époque romaine où il sera reconstruit en pierre. Installé à la limite entre le territoire des Veliocasses, des Carnutes et des Aulerques il marque la limite territoriale entre différents peuples gaulois.